Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Europe du Nord


Quitter le pays des aigles (La traversée)

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué : nouvel exemple ! Le finlandais Pajtim Statovci livre dans La traversée un roman sur les thèmes de la quête identitaire et de la recherche d'un endroit où se sentir chez soi qui brouille les cartes et entretient une certaine confusion. Bujar, son héros adolescent, a quitté l'Albanie du début des années 90, en compagnie d'un ami, et va se retrouver en Italie, pour commencer. Et plus tard à Madrid, à Berlin, à New York et à Helsinki, au gré de chapitres où l'on doute souvent du narrateur, qui n'est pas nécessairement toujours Bujar mais peut-être son compagnon de route. Le récit ne manque pas d'intérêt, notamment quand il évoque l'Albanie de l'après Hoxha et les mythes très virils qui contribuent à la fierté du pays. Chaque chapitre, pris isolément, a du caractère et témoigne d'une grande lucidité vis-à-vis du statut de migrant mais l'ensemble est volontairement insaisissable, à l'image de Bujar (ou son camarade) qui entretient l'ambigüité sur son sexe et ment copieusement à ceux qu'il rencontre, n'avouant jamais qu'il vient du "pays des aigles." Il n'y a pas de leçons à donner à l'auteur, manifestement doué, qui ne raconte pas ici sa propre histoire (il est arrivé en Finlande à l'âge de 2 ans) mais simplifier et domestiquer ses récits ne nuirait sans doute pas à la qualité de son œuvre. Ceci dit, son audace narrative et sa force d'évocation restent des évidences.

 

 

L'auteur :

 

Pajtim Statovci est né en 1990 au Kosovo. Il a publié 3 livres dont Mon chat Yugoslavia.

 


09/03/2021
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L'enfant de la femme assassinée (La pierre du remords)

16 années, déjà, ont passé depuis La cité des jarres, la première publication d'Indridason en français. Avec la sensation pour la plupart de ses lecteurs d'avoir trouvé d'emblée un écrivain avec lequel il serait agréable, façon de parler, de faire un bout de chemin. Malgré une production abondante, l'auteur islandais n'a jamais totalement déçu, même si certains de ses livres étaient un peu en deçà de sa qualité habituelle. Malgré tout, il est difficile de se remettre de la disparition d'Erlendur Sveinsson, longtemps son enquêteur fétiche, et Konrad, ce policier à la retraite qui a repris le flambeau, n'a certainement pas la même épaisseur. Dans La pierre du remords, le susdit s'occupe de deux "affaires", l'une concernant l'assassinat d'une vieille dame et l'autre ayant trait à la recherche que celle-ci avait entreprise pour retrouver l'enfant qu'elle avait abandonné à la naissance. Sans oublier le mystère de la mort du père de Konrad, qui ne cesse de hanter ce dernier. Cela fait beaucoup pour un seul roman et Indridason n'hésite pas parfois à délaisser les investigations du présent pour dévoiler des épisodes du passé en nous donnant un peu d'avance sur les recherches en cours. Ce n'est pas qu'Indridason s'emmêle les pinceaux mais il arrive que le livre soit un peu trop dispersé. En bon maître du suspense, l'auteur sait cependant à un moment donné, soit vers l'emballage final, resserrer ses intrigues vers l'essentiel et le dénouement. Celui-ci est assez stupéfiant d'ailleurs, avec une coïncidence qui, malgré le fait que la population islandaise est faible, reste un peu difficile à avaler. Mais bon, admettons, Indridason a su nous tenir en haleine une fois de plus et c'est le plus important. Il consacre même les dernières lignes de son récit à une sorte de bande-annonce de ce qui devrait être le fil conducteur de son prochain opus, à savoir le meurtre non élucidé du père de Konrad. A moins que ce ne soit une fausse piste, l'auteur de La cité des jarres en est bien capable.

 

 

L'auteur :

 

Arnaldur Indridason est né le 28 janvier 1961 à Reykjavik. Il a publié 23 romans dont La cité des jarres et Hypothermie.

 


28/02/2021
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Pièces d'identité (Le choix de Martin Brenner)

Tout dans la vie de Martin Brenner respirait le bonheur : une épouse aimante, une fille parfaite, bien qu'un peu trop gâtée, et un travail de directeur de laboratoire valorisant. Jusqu'au jour où sa mère meurt et où il apprend qu'elle était juive et survivante d'Auschwitz. Le choix de Martin Brenner est de ne rien dire dans un premier temps à ses proches et de continuer comme si de rien n'était, ou presque. A partir de ce postulat, Björn Larsson, qui n'avait pas publié un roman aussi prenant depuis Le cercle celtique, ne laisse aucun répit à son personnage qui va connaître une véritable descente aux enfers, en grande partie dû à ses erreurs. Au-delà du naufrage personnel d'un homme, généticien qui plus est, qui refuse sa judéité, l'auteur élargit le débat et traite des questions de l'identité, de l'appartenance à une communauté et du libre-arbitre, tout en évoquant les haines de notre époque : racisme, anti-sémitisme, homophobie, etc, à travers le regard des autres et les réseaux sociaux. A certains moments, le livre devient véritablement essai philosophique, nourri par les nombreuses lectures de Larsson, et l'excès de citations et de réflexions n'est pas loin de faire passer le récit lui-même au second plan. Mais il y a un point de bascule au 2/3 du livre, avec un changement de perspective, quand Larsson reprend les rênes et s'invite dans la narration. Livre d'une profondeur infinie, Le choix de Martin Brenner semble passer inaperçu depuis sa parution de novembre. C'est dommage, il est de ceux qui enrichissent ses lecteurs, tout du moins ceux qui se demandent qui ils sont vraiment et si leur mode de vie est un choix ou suit un cheminement dicté par les conventions sociales.

 

 

L'auteur :

 

Björn Larsson est né en 1953 à Jönköping (Suède). Il a publié 10 romans dont Le cercle celtique et Long John Silver.

 


04/01/2021
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Soumise et victime (La colonelle)

La colonelle de Rosa Liksom est à déconseiller fortement aux âmes sensibles et romantiques. Comme l'aurait dit Audiard, c'est du brutal ! Le livre est narré par une vieille femme finlandaise qui se souvient de sa jeunesse marquée par son adhésion enthousiaste aux idées venues d'Allemagne, avec le National-Socialisme triomphant, à l'orée de la deuxième guerre mondiale. L'héroïne du roman va traverser cette époque trouble, où la Finlande combattit l'URSS puis l'Allemagne, en gardant ses convictions jusqu'à la chute du Reich. Pas étonnant qu'elle soit tombée dans les filets d'un ami de la famille (Le colonel), bien plus âgé qu'elle et avec la réputation d'un homme à femmes et d'un caractériel. Une liaison qui durera, jusqu'au mariage, avant que la violence de ce militaire, y compris aux dépens de sa compagne, ne devienne proprement insoutenable. Il y a un côté bestial dans le livre, avec beaucoup de scènes de sexe qui auraient pu d'ailleurs être réduites sans attenter à l'intensité du roman. Néanmoins, c'est un aspect mal connu de l'histoire finlandaise qui nous est présenté, sans filtre, dans un style incisif et très efficace. Heureusement, Rosa Liksom desserre parfois l'étreinte et la cruauté de l'ensemble par des descriptions très lyriques de la nature lapone, si chère au cœur de la romancière. Le livre est relativement court mais très dense et passionnant, non seulement pour sa description d'une époque brouillée, abordée frontalement et sans jugement aucun, mais aussi par le portrait d'une femme complexe, à la fois soumise et libérée, qui assume ses mauvais choix jusqu'à la lie, avant une hypothétique rémission.

 

 

L'auteure :

 

Rosa Liksom est née le 7 janvier 1958 ç Ylitornio (Finlande). Elle a publié une vingtaine de livres dont Noirs paradis et Compartiment n°6.

 


29/10/2020
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Les quatre saisons d'un solitaire (La fenêtre au sud)

La fenêtre au sud se présente comme une suite de réflexions, consignées dans une sorte de journal intime, sur 4 saisons. Le protagoniste est un écrivain solitaire, qui a peu de contacts avec ses voisins, et qui se retrouve encore plus isolé quand arrivent les premiers froids et qu'il ne reste plus qu'une supérette comme commerce ouvert. Autant que romancier, l'islandais Gyrdir Eliasson est poète et cela se sent dans son style et dans sa manière élégiaque de décrire la nature qui l'entoure et les petits faits du quotidien. L'auteur nous dit tout de son vertige de la page blanche et des caprices de sa machine à écrire (ruban à bout de souffle, lettre b récalcitrante ...). Le ton de l'écrivain est à la mélancolie, à l'ironie et à l'humour dans des considérations brèves et souvent profondes aussi bien à propos de lui-même et de ses condisciples que de la population ovine ou de la marche chaotique du monde, qu'il perçoit à travers les nouvelles de la radio. A la fois anachorète, individu asocial et philosophe, le narrateur de La fenêtre au sud révèle aussi quelques bribes de son passé, de l'enfance à la femme de sa vie, qui l'a quitté déjà depuis plusieurs années. Si l'on ignore si le texte est d'essence autobiographique, le personnage du livre est en tous cas très touchant, dans le sens où malgré la richesse de sa vie intérieure, il est clair qu'il a fondamentalement raté sa vie et trouvé dans la solitude et l'écriture des manières un peu désespérées de ne pas totalement partir à la dérive.

 

 

L'auteur :

 

Gyrdir Eliasson est né le 4 avril 1964 à Reykjavik. Il a publié 5 romans dont Entre les arbres et L'excursion de l'écureuil.

 


22/09/2020
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Graisse de phoque (Du temps qu'il fait)

La lettre à Helga date de 2013, pour sa traduction française. Un livre magnifique, inoubliable pour toutes les âmes romantiques. Depuis, aucune nouvelle de son auteur, Bergsveinn Birgisson, ne nous était parvenu jusqu'à ce que l'éditeur Gaïa ait la bonne idée de nous offrir son tout premier roman, paru à l'origine en 2003. Bien sûr, Du temps qu'il fait n'a pas la même vibration émotionnelle que La lettre à Helga mais il est loin d'être dépourvu de qualités. Ici, dans un fjord perdu du nord de l'Islande, la météo est la première préoccupation pour les pêcheurs du coin, à commencer par Halldor, qui rédige à sa manière les faits et gestes des solitaires du coin, privés de présence féminine. Une partie de pêche qui tourne mal, un prêche halluciné du pasteur (bien allumé, celui-ci), le passage d'un poète dépressif, la quête obstinée d'une aide ménagère : la vie s'écoule toujours au rythme du temps qu'il fait et de festins à base de poisson faisandé et de graisse de phoque. Tour à tour truculent, mélancolique et élégiaque, le livre rappelle par certains côtés les fameux racontars de Jorn Riel, voire les romans de Paasilinna. Halldor, pusillanime par nature, navigue à vue dans une existence qui ne le satisfait pas, où il accumule les déboires sentimentaux, mais qu'il n'échangerait pour rien au monde avec celle, individualiste et capitaliste, des gens de Reykjavík. Il y a dans Du temps qu'il fait un éloge des valeurs de solidarité qui ont fait l'âme de l'Islande et qui disparaissent peu à peu au profit de l'argent-roi. Une thématique que l'on retrouve aussi chez Indridason, comme un parfum nostalgique d'un temps dépassé que Birgisson sait parfaitement accommoder de poésie et d'humour.

 

 

L'auteur :

 

Bergsveinn Birgisson est né le 30 août 1971 à Reykjavik. Il a publié 4 romans dont La lettre à Helga.

 


08/09/2020
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Colons du Groenland (L'homme rouge et l'homme en noir)

L'homme rouge, c'est un chamane inuit, qui répond au doux nom de Aappaluttoq. L'homme en noir, c'est un pasteur danois, tout en rigueur luthérienne. Leur affrontement, rhétorique et presque physique, sert de base narrative au roman de Kim Leine mais il n'en est qu'un aspect, fort symbolique, de la colonisation du Groenland, aux alentours de 1730. Plein de bruit et fureur, de connotations picaresques, également, L'homme rouge et l'homme en noir est un livre polyphonique qui multiplie les personnages importants (une bonne trentaine) sans jamais nous égarer, au fil de péripéties où se mêlent sauvagerie, mélancolie, folie, tragédie et intimité. Une véritable fresque qui tient toutes ses promesses et qui s'écrit tantôt à la première personne (sous formes de lettres et de récits fortement documentés) ou à la troisième. Outre les deux personnages principaux, s'y côtoient "indigènes" et colons dont les rapports oscillent entre hostilité, mépris (des seconds), considération et même fascination respective. A noter en particulier des dialogues savoureux où de malicieux inuits, bien que séduits par l'image de Jésus, ne cessent de pointer du doigt les contradictions et les incohérences du dogme religieux. Au fil des pages, le roman se fait néanmoins plus sombre quand les destins individuels et les aléas de la vie en société convergent vers la désolation, au moment des grandes épidémies de variole qui déciment aussi bien danois qu'autochtones. Sur plus de 600 pages, l'ouvrage n'est pas exempt de quelques menues longueurs, à l'occasion d'épisodes anecdotiques, mais, dans l'ensemble, Kim Leine maintient presque sans cesse l'intérêt, par la grâce d'un style fécond et imagé, confirmant ainsi , après Les prophètes du fjord de l’Éternité et L'abîme, son statut d'écrivain scandinave majeur de notre temps.

 

 

L'auteur :

 

Kim Leine est né le 28 août 1961 à Bo (Norvège). Il a publié 7 romans dont L'abîme et Les prophètes du fjord de l'Eternité.

 

 


23/07/2020
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Chaos de la jeunesse (Un été norvégien)

C'est un roman d'initiation un peu biaisé que propose Einar Mar Gudmundsson dans Un été norvégien. Parce que le temps a fait son œuvre et que l'auteur n'est pas dupe des naïvetés de la jeunesse, ce qui ne l'empêche pas de célébrer cet enthousiasme à vouloir dévorer le monde, voire à le changer, si possible. Ce n'est donc pas le livre des désillusions mais plutôt celui de la nostalgie et de la mélancolie en cet été 1978, où le basculement entre la génération hippie et celle du no future punk devient palpable. Gudmundsson, dont un tiers des romans seulement a été traduit en français, revient sur une période, autobiographique sans doute, au moins en partie, où alcool, drogue, voyages, amitié, amour et poésie constituaient, à doses plus ou moins homéopathiques et diversement partagés selon les protagonistes du livre, le mode de vie de jeunes gens qui abordaient avec appétit et irresponsabilité le champ des possibles. Il faut s'attacher de près au texte de Gudmundsson dans ses digressions et ses anecdotes innombrables qui multiplient les personnages et ne pas se laisser happer par ce qui a parfois l'apparence d'un maelström. Mais c'est comme si l'on suivait les cahots des souvenirs de l'auteur, à mesure qu'ils viennent, avec ses flashbacks et ses sauts en avant incessants qui donnent à l'ouvrage un côté désordonné assez sympathique et charmeur.

 

 

L'auteur :

 

Einar Mar Gudmundsson est né le 18 septembre 1954 à Reykjavik. Il a publié 13 romans dont Les rois d'Islande.

 


26/06/2020
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Zéro pour cent de matière grasse (L'épidémie)

Toutes les dystopies ne se valent pas. La question de la vraisemblance, en particulier, est primordiale, pour adhérer ou non à ce type de récit. Celle d'Asa Ericsdotter (dont c'est le premier roman traduit en français, elle qui est publiée depuis l'âge de 17 ans), dans L'épidémie, frappe par son côté très crédible et dont les développements, pour radicaux qu'ils soient, ne semblent pas non plus impossibles, dès aujourd'hui, dans tel ou tel pays du monde. En l'occurrence, il s'agit de la Suède qui, dans le roman, a porté au pouvoir un Premier Ministre dont le programme est essentiellement sanitaire. L'objectif : faire de la Suède un pays à zéro pour cent de matière grasse. En d'autres termes, combattre l'obésité par tous les moyens et fixer un seuil à partir duquel les citoyens en surpoids sont appelés à "se soigner", sous peine d'être stigmatisés et pris en charge par les autorités compétentes. Le livre focalise son attention sur plusieurs personnages emblématiques, dont ledit chef de gouvernement, un journaliste et plusieurs suédois qui ont dépassé les limites pondérales autorisées. Mais il y a quelque chose de pourri au Royaume de Suède et un engrenage fatal va se mettre en mouvement, illustré par la dérive des mesures prises par les hommes au pouvoir avec une sorte d'acquiescement et de collaboration tacites des médias et de la plus grande partie du peuple. L'épidémie est de plus en plus terrifiant au fil des pages, riche en suspense et efficace comme un bon thriller mais surtout incroyablement juste dans l'analyse du renoncement collectif d'une nation lorsqu'elle est aux prises avec une dictature qui ne dissimule pourtant presque plus son caractère fasciste. Inutile de préciser que Asa Ericsdotter a beaucoup étudié l'arrivée au pouvoir d'Hitler dans l'Allemagne de 1933 et la façon dont une grande partie d'un pays a, sinon adhéré, du moins accepté, en se cachant les yeux, quand nécessaire, ses exactions à l'encontre d'une certaine partie de la population, présumée coupable de tous les maux et à éliminer pour préserver la "pureté" de la nation. L'épidémie va loin dans l'horreur et certaines pages ne sont sans doutes pas à mettre sous tous les yeux. La mécanique du livre est aussi implacable que celle employée par les bourreaux qu'elle décrit avec une abondance de détails. Ce n'est pas une lecture de tout repos mais instructive, pour ceux douteraient encore de la "facilité" de manipuler les masses, à partir d'une notion, la santé, qui parle à tout un chacun dans sa propre vie.

 

 

L'auteure :

 

Asa Ericsdotter est née le 21 juin 1981 à Uppsala (Suède). Son premier roman a été publié à l'âge de 17 ans.

 


02/06/2020
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Vies fêlées (Nous tombons)

Scénariste pour la télévision suédoise et le cinéma, Anna Platt n'avait pas encore publié de roman. Chose faite et remarquablement avec Nous tombons, paru initialement en Suède, en 2017. Le livre pourrait être qualifié de recueil de nouvelles puisqu'il se compose de 5 histoires distinctes, toutes narrées à la première personne, mais l'unité de lieu, la petite ville de Linköping, et l'unité de temps, 1992, au moment où un avion de chasse s'écrase au sol, font que la dénomination de roman n'est pas usurpée. Les différents destins racontés par Anna Platt diffèrent par les identités très diverses de ses personnages : 2 hommes et 3 femmes, dont l'âge varie, d'une adolescente à un vieil homme dans une maison de retraite. Ils ont tous une fêlure intime : un homme suicidaire, une femme quittée, une autre battue et malade, un vieillard qui a raté sa vie amoureuse, une adolescente qui pleure sa mère. Décrit ainsi, le roman pourrait sembler sinistre alors que c'est (presque) l'inverse. La plume agile d'Anna Platt trace des portraits pleins de vie qui mêlent en un savant dosage humour, tendresse, cruauté et mélancolie. Les 5 récits du livre auraient pu sans exception constituer un roman chacun, tellement, l'air de rien, ils sont riches d'événements et profonds dans leur analyse psychologique. La romancière joue aussi sur notre frustration de quitter aussi vite ses différents protagonistes, tous également attachants par leur capacité à encaisser les coups durs de l'existence. Le plus remarquable, sans doute, est la façon dont l'auteure parvient à changer de peau et à endosser à chaque fois avec souplesse et dextérité le costume de tous ses personnages.

 

 

L'auteure :

 

Anna Platt est née en 1977 en Suède. Elle est scénariste pour la télévision et le cinéma.

 


22/03/2020
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